Montréal, l'altermondialiste du Nord

FSM2016
Finie la dichotomie Nord-Sud ; lorsqu’il s’agit de concevoir et façonner un autre monde, la lutte qui jadis opposait des hémisphères touche désormais tous les citoyens du monde sans distinction. Montréal en sera la preuve en août prochain.

 

Une ligne de fracture en mouvance

Qui n’a jamais entendu parler du Forum Économique Mondial, organisé chaque année à Davos, symbole du paradis bancaire ? Le Forum Social Mondial (FSM), pour sa part, contestait jusqu’ici cette concentration du pouvoir politique et économique en se rassemblant dans un pays du Sud. Brésil, Inde, Venezuela, Mali, Pakistan, Kenya, Sénégal, Tunisie ; des pays hôtes où s’unissent les peuples vivant sous le joug des puissances du Nord.

En opposant symboliquement la participation populaire des masses du Sud à l’oligarchie de « l’élite » du Nord, le FSM illustrait la fracture du monde enfantée par la mondialisation néolibérale.

la ligne de fracture, qui jadis parcourait l’Équateur, divise désormais l’ensemble des sociétés
 Quinze ans après le premier FSM à Porto Alegre, symbole de la démocratie participative, les inégalités sociales continuent de se creuser. Le modèle de la civilisation occidentale, individualiste et consumériste atteint ses limites sociales et écologiques.

Mais la ligne de fracture, qui jadis parcourait l’Équateur, divise désormais l’ensemble des sociétés, opposant au sein d’une même nation une élite avide de richesses et de pouvoir aux masses en quête de survie dans un monde qui leur échappe. S’ajoute la question environnementale, qui affecte le monde entier sans distinction.

Ce clivage de société a été mis en évidence avec la crise de 2008, qui a provoqué des vagues d’indignation et de mobilisation qui, depuis 2011, se répandent aux quatre coins du monde. Tel-Aviv, Rio, Istambul, Hong Kong, Berlin… Montréal.

Montréal ?

Hiver 2012 : le Printemps Érable révèle l’immense vitalité des mouvements sociaux de la métropole, projetant l’image d’une jeunesse bravant des mois durant l’autorité d’un gouvernement hermétique aux demandes sociales.

Tout à coup, les activistes des pays du Nord se mettent à croire en leur force de mobilisation. Tout à coup, la jeunesse sort de sa torpeur et se mobilise pour l’éducation, pour l’environnement avec la grande marche du Jour de la Terre, ou encore pour les syndicats dans le cadre des négociations du secteur public.

Décembre 2013 : Carminda Mac Lorin, Raphaël Canet et Louis-Philippe Lizotte déposent au Conseil international du FSM la candidature de Montréal pour tenir la toute première édition nordiste du Forum : « Nous pensons qu’il est désormais temps que les peuples du Nord sortent de leur apathie et rejoignent le combat des peuples du Sud pour construire un monde différent. » explique Raphaël Canet, co-coordonnateur de l’édition 2016.

Un pari audacieux

C’est un défi de taille que se sont donné les Carminda et Raphaël, soutenus par une poignée de bonnes âmes, pour la plupart bénévoles. Alors que d’ordinaire, ce sont les organisations syndicales qui financent et organisent l’évènement, le principe tend à changer. Le Forum Social de Montréal sera d’ailleurs le premier à avoir émis une candidature purement citoyenne.

Le processus en place repose sur cinq grandes valeurs : l’inclusion et l’ouverture, la transparence, l’horizontalité, l’autogestion et l’indépendance. Valeurs qui ne facilitent nullement la mise en place d’une structure de travail ou d’un mode de financement, apprendront à leurs dépens nos deux amis.

Mais Montréal, c’est aussi une occasion qui tombe à pic : en octobre 2015, la population canadienne a chassé les conservateurs du pouvoir, après dix ans de politique économique ultralibérale secondée par un conservatisme social.

La lutte contre les sables bitumineux et les oléoducs, la mobilisation des peuples autochtones et la force des mouvements sociaux contre les politiques d’austérité ont sans aucun doute contribué à ce changement de politique. La question qui se pose aujourd’hui, c’est comment catalyser l’énergie provenant de cet élan de solidarité et promouvoir des actions concrètes.

Un choix onéreux

Aussi attrayante que Montréal puisse paraître pour la tenue d’un tel évènement, c’est un choix qui n’a pas forcément fait l’unanimité, en particulier pour les acteurs du Sud.

Pour contrer les problèmes d’accessibilité reprochés au FSM Montréal, ses organisateurs ont créé un groupe de travail ayant pour objectif de stimuler la mobilisation et d’assister à distance aux gens en demande de visas. Des initiatives d’hébergement solidaire et des chambres universitaires ont également été prévus.

Quant aux projets, les acteurs ont été invités à les déposer sur la plateforme de socio-financement Ulule. Ceux-ci s’inscrivent ainsi dans une logique de valorisation de leurs projets, tout en créant des liens avec des contributeurs du Nord.

La dernière ligne droite

À moins de deux mois de l’évènement, l’équipe de Montréal s’active pour faire de la métropole un lieu de rencontre pour les activistes et un espace de convergence entre organisations et mouvements autour d’initiatives communes. 

À la fois amplificateur des luttes locales, espace de dialogue et moment de compréhension commune des enjeux, le Forum Social Mondial de Montréal devra bâtir sur les acquis des éditions précédentes, tout en relevant de nouveaux défis. Il devra permettre de rapprocher les mouvements sociaux traditionnels avec le grand public du Nord et impliquer les citoyens dans la recherche de solutions.

« Nous espérons que le Forum social mondial à Montréal saura éveiller chez les Québécois ce qui les a mus durant le printemps 2012 : une indignation qui ne s'arrête pas à la contestation, mais qui donne des ailes et qui entraîne le changement », ajoute Carminda Mac Lorin.

Imaginez ce que serait le monde si des gouvernements progressistes à l’écoute des mouvements sociaux et citoyens prenaient les commandes des pays du Nord. C’est ce dont rêveront des milliers de citoyens venus de plus de 120 pays, du 9 au 14 août, à Montréal.