Laisseriez-vous un robot lire vos pensées?

« ‘Blanche Neige est morte’ est ce que l’on a fini par appeler une ‘neurofiction’ », explique l’auteur Hannu Rajaniemi dans un podcast de Wired. « C’est une fiction interactive, mais sans choix conscient. »

L’auteur de science-fiction Finlandais de 38 ans, avec son ami spécialiste de données Samuel Halliday, a mis la main sur un simple scanner cérébral portable et s’est mis à envisager comment la technologie pourrait être mise au service d’histoires plus captivantes.

En 2012, ils ont mis au point une histoire qui pouvait être lue en portant le dispositif sans fil, et changeait selon l’affinité du lecteur pour les concepts de vie ou de mort, un peu à la manière des jeux interactifs textes de la fin des années 70, ou d’un livre électronique dont vous êtes le héros, mais où votre activité cérébrale déterminerait vos choix pour vous.

Le projet a été partagé sous licence libre pour encourager l’innovation. Pour une pièce de matériel à 400$ canadiens, des connaissances en programmation d’algorithmes et en rédaction, n’importe qui peut s’aventurer dans les méandres de l’espace de conception créé par l’émergence des interfaces cerveaux-ordinateurs.

 Le EEG sans fil EMOTIV Epoc est un scanner standard vendu pour 300$ US. © EMOTIV

Un miroir de l’âme

Autant la question « peut-on rendre les IA réellement intelligentes ? » prend de l’ampleur ces temps-ci, autant donner un « cerveau » à une machine peut ne pas suffire. À titre d’exemple, un cerveau sans yeux ne peut percevoir que très peu de son environnement.

C’est là où connecter ces machines à notre cerveau peut s’avérer excessivement puissant, et pas seulement pour la médecine. Avec le nombre grandissant de brevets accordés pour la « neurotechnologie » depuis 2010, on peut dire que les entreprises sont de cet avis. Permettre aux machines d’obtenir une meilleure compréhension de comment nous pensons et ressentons pourrait leur donner une forme d’intelligence émotionnelle artificielle.

L’électroencéphalographie (EEG) en tant que telle est utilisée depuis des décennies pour diagnostiquer et étudier des afflictions comme l’épilepsie, l’insomnie et la mort cérébrale. Récemment cela dit, cette technique a vu son usage s’étendre au-dehors du monde de la science et à des fins plus lucratives.

L’une des premières applications à émerger de la sophistication de la tech-à-porter et des outils de mesure d’activité cérébrale a été le neuromarketing, où des volontaires se coiffaient d’un étrange bonnet de bain couvert de capteurs à la Orange Mécanique pour mesurer -avec plus ou moins de précision- les réponses affectives et cognitives à l’exposition à des publicités.

Si la valeur ajoutée pour le consommateur peut sembler difficile à voir dans le cas du marketing, la narration en général pourrait grandement bénéficier d’un accès à cette fenêtre sur votre âme.

Raconter de meilleures histoires

Depuis Blanche Neige, des coiffes de cerveau plus sophistiquées et moins embarrassantes ont fait leur apparition, permettant de tirer profit de mesures de performances, de commandes mentales et d’expressions faciales.

Dans le monde du divertissement, ces avancées donnent aux raconteurs d’histoires comme les développeurs de jeux de toutes nouvelles possibilités. Développer des scénarios adaptatifs et personnalisés selon les réactions de l’audience ne relève plus du fantasme.

Imaginez, dans quelques années, vous pourriez aller voir le même film au cinéma trois fois, et chaque fois découvrir une fin différente parce que l’état d’esprit de l’audience n’était pas le même !

D’une manière assez similaire, des artistes comme Lisa Park ont exploré comment connecter la pensée et la machine peut mener à la création de morceaux de musique à la fois authentiques et captivants. « J’ai commencé à travailler avec des casques EEG parce que je me questionnais sur comment prendre cette énergie invisible et ces émotions et les rendre visibles » raconte Park dans une entrevue.

Frissons garantis, aucun casque nécessaire pour confirmer !

En-dehors du divertissement, l’éducation est un autre domaine qui pourrait réellement bénéficier de la démocratisation de ces technologies. Je ne sais pas pour vous, mais lorsque j’étais enfant, je décrochais rapidement lorsque j’avais compris ce que l’enseignant voulait expliquer. Mais comme l’éducation fonctionne sous le principe du plus petit dénominateur commun, les esprits les plus vifs s’y sentent rapidement coincés.

De nos jours, l’éducation a compris sa leçon, et de nombreuses philosophies ont vu le jour, faisant de l’apprentissage un processus plus expérientiel et utilisant le pouvoir des histoires pour captiver et encourager la créativité.

Rejoignant la mentalité du marketing, les écoles tentent maintenant de se différencier entre elles par leur façon de livrer des expériences uniques. Des chercheurs comme Pierre-Majorique Léger travaillent sur l’amélioration d’applications pédagogiques grâce à l’analyse de quantités astronomiques de données biophysiologiques comme le mouvement du regard ou la dilatation des pupilles.

Générées lors de l’interaction entre utilisateurs et produit ou application, les données servent à déterminer si l’expérience vécue est perçue comme intuitive et plaisante, ou au contraire trop compliquée à comprendre. Par exemple, la noirceur n’est pas le seul facteur qui puisse expliquer la dilatation des pupilles ; un effort mental important produit le même effet, et peut être mesuré facilement en utilisant des lunettes conçues à cet effet.

Les lunettes oculométriques peuvent aider à concevoir de meilleures applications éducatives. © SensoMotoric Instruments

Avec l’arrivée de la réalité virtuelle et de la tech-à-porter dans le monde des histoires, les prochaines années pourraient voir l’aube d’une nouvelle ère de contenu réellement centré sur l’audience, du divertissement à l’éducation… et plus loin encore.